Education Populaire et Associatif, les revendications FERC CGT (3)

Publié le par ferc cgt 66


3. Le financement des associations


Un état des lieux

Les associations nationales, quel que soit leur champ d'intervention - action sociale, culture, éducation, environnement, vie quotidienne, sports, recherche, santé - rencontrent aujourd'hui des difficultés économiques, notamment du fait des baisses générales des subventions d'Etat (voire de leur suppression) et du transfert d'autres aides publiques aux collectivités territoriales et aux établissements publics intercommunaux (EPCI). A cela s'ajoutent la diminution des postes FONJEP ainsi que le " rappel " des fonctionnaires " mis à disposition " situation aujourd'hui renforcée dans le cadre de la révision générale des politiques publiques (RGPP).

Les subventions, aides diverses, représentent pour certaines associations 80 % de leur fonctionnement, alors que cela ne représente que 20 % pour d'autres.

Pour autant, subventionnement ne signifie pas systématiquement instrumentalisation de l'association, de même qu'autofinancement n'est pas gage d'indépendance. En effet, lorsque l'association s'adresse à des usagers, cas de la délégation de service public, elle est soumise à des contraintes de gestion qu'elle ne connaît pas lorsqu'elle s'adresse à des adhérents.

Dès lors, les associations se trouvent contraintes d’assurer des missions d'activités d'animation, de développement local, de gestion d'équipements, de services aux usagers, voire de fourniture de produits culturels et de loisirs à un public plus ou moins solvable de consommateurs (domination des concepts d'animation et de loisirs).

On assiste ainsi à la mise en concurrence des associations d'Education Populaire, concurrence qui porte de moins en moins sur des options idéologiques, mais sur la conquête de nouveaux publics, sur l'attribution de nouveaux marchés, sur la réponse à des appels d'offre des pouvoirs publics ou des collectivités locales, sur la participation à la mise en concurrence de projets de développement locaux, de dispositifs d'insertion et/ou de formation professionnelle.

Ces dérives sont trop souvent accompagnées par les syndicats employeurs qui ont perdu les valeurs de l'Education Populaire et qui, face aux contraintes, s'adaptent aux nouvelles politiques mises en œuvre.

Reste que la vie des associations est fonction de l'histoire et du projet des structures, des réseaux (éventuellement), de leur taille, de leurs activités, de leur localisation, du tissu associatif local, de l'éventuelle dépendance financière

(ville, collectivités territoriales, CAF, ministères Jeunesse et sports, Education nationale, Culture, Agriculture…)

Ainsi, certaines associations conservent pleinement leur capacité à présenter un projet, à mettre en œuvre des pédagogies autres.

Il n'en reste pas moins que des activités de plus en plus segmentées, individualisées, à destination de certaines catégories ciblées de population, entraînent d'autres associations à ne plus construire un idéal ou un projet commun (disparition de " l'idéologique " ?).

A titre d'exemple, les centres de loisirs correspondent de moins en moins aux attentes d'un public de 10/ 12 ans. Ainsi à Nantes, l'agence para municipale (ACCOORD) chargée de cette mission dans le cadre d'une délégation de service

public (D.S.P.) a vu une évolution visant à rationaliser ses coûts.

Elle s'est matérialisée, entre autres, par la mise en place d'un système drastique de réservations- inscriptions dans les centres de loisirs enfants.

Les effets induits par ce système amènent :

- à une exclusion plus ou moins importante des familles en difficultés sociales ne pouvant se projeter que sur des périodes très courtes

- à une gestion " optimisée " des personnels encadrant les enfants basée sur la notion de service de garde et non pas sur la notion de projet d'animation globale au service d'une population locale.

Les réalités de la gestion mise en place vont à l'encontre des intentions pourtant énoncées dans le projet éducatif de cette entreprise associative. (Cherchez l'erreur !)

Certes, il existe encore un secteur " loisirs de proximité " qui s'intéresse à des jeunes d'origine modeste ou ayant des revenus très limités et qui permet d'afficher une image " éducation populaire " (Ucpa). Mais pour le public adulte, les activités de sport et de loisirs sont concurrencées par le secteur marchand. Pour l'essentiel, l'Ucpa vend des " produits touristiques " coûtant entre 400 et plus de 1000 € la semaine hors voyage, dans lesquels la pratique

d'activités physiques encadrée par des enseignants sportifs, lorsqu'elle existe encore, n'est pas réellement orientée par le projet pédagogique global vanté.

 

Des propositions Ferc-Cgt

Par essence, la gestion d'une association d'éducation populaire ne peut reposer prioritairement sur des critères marchands. Elle doit reposer sur une dialectique mettant en tension ses finalités et ses contraintes, sinon son projet

et son objet deviennent exclusivement commerciaux.

L'abandon de la responsabilité de l'Etat en matière de jeunesse, de culture et de vie associative ne peut être tenu pour inéluctable.

Au même titre que ce qui existe pour la culture, ne peut-on pas imaginer de voir l'Etat contraint par la loi à consacrer 1 % de son budget à la réalisation des missions des associations d'Education Populaire ? De même, ne doit -on pas exiger la suppression de la taxe sur les salaires que versent les associations ? L'égalité de traitement sur le territoire,

l'existence d'une politique globale de soutien à la vie et à l'emploi associatif doit faire l'objet de campagnes revendicatives fortes de la part de la CGT.

De la même manière, les CAF doivent reconnaître le travail des associations d'Éducation Populaire comme un travail participant à la construction de l'individu en complémentarité de l'école et de la famille. Pour l'heure, les financements

consentis par la Caf, notamment à travers le " contrat enfance et jeunesse ", concernent prioritairement les actions spécifiques à la fonction d'accueil. Ils doivent représenter au minimum 85% du montant de la prestation versée par la Caf. Un maximum de 15% peut être affecté à la fonction de pilotage.

Il est en effet essentiel, pour retrouver un fonctionnement social apaisé, de soutenir et développer les liens  intergénérationnels, interculturels proposés par les associations dans le cadre de leurs activités régulières.

En outre, le financement des associations par les CAF, par exemple pour mettre en place des séjours de vacances, permettrait de payer dans le cadre de l'annexe I les animateurs et directeurs de ces séjours et ainsi de voir disparaître les contrats illégaux.

La forte implication de la Cgt dans l'administration des CAF peut être un point d'appui pour gagner sur nos revendications.

Ne peut-on pas imaginer des partenariats avec les élus municipaux, les conseils généraux, les conseils régionaux, les CAF, rien n'empêchant que des actions parallèles soient mises en œuvre, en sus, dans un cadre territorial : encadrement, soutien à des politiques sociales et/ou culturelles d'une région, d'un département, d'une commune… Car, la (les) particularité(s), la (les) spécificité( s) d'une (d') association(s) peuvent permettre aux élus de répondre à des besoins ponctuels, locaux, ciblés, et il serait dommage de se priver de l'expérience, de la diversité des associations.

(Mais " quid " de projets à long terme d'Education populaire ?)

Ainsi aux missions " historiques " de ces associations s'ajouteraient des missions ponctuelles leur assurant une souplesse dans leur budget, des occasions de mettre en pratique leurs projets éducatifs propres, de les expérimenter et ainsi d'enrichir leur réflexion, de renforcer leur implantation.

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