Mardi 16 décembre 2008

Déclaration de la CGT au Comité Interprofessionnel Consultatif (CIC) du 8 décembre 2008.

 

La CGT a à plusieurs reprises et notamment lors du dernier CIC, a manifesté un désaccord de fond vis-à-vis de la généralisation du bac professionnel en 3 ans  même si elle n’est pas hostile au Bac Pro en trois ans sous certaines conditions.

Nous défendons un point de vue d’ailleurs partagé très largement avec différentes organisations, institutions ou personnalités.

 

Nous voulons une scolarité de la réussite qui permette à chaque jeune de s’épanouir,  d’être citoyen acteur en plus d’être un travailleur hautement qualifié. Nous voulons que chacun accède à une qualification, à un diplôme, pour accéder à un emploi digne et durable.

 

Pour la CGT, le diplôme doit être le référent pour la construction des grilles conventionnelles et pour l’emploi, un tremplin pour un parcours professionnel évolutif.

 

La réforme ne correspond pas à ces objectifs, le remède envisagé peut se révéler, je cite : « pire que le mal » pour reprendre une des expressions du rapport du Sénat sur la loi de finance 2009 dans son chapitre réservé à la voie professionnelle.

 

Nous pensons que la réforme peut conduire à une dévalorisation des formations et In fine à celle des diplômes.

 

Un des arguments de la réforme réside dans l’affirmation qu’il s’agirait de réaliser dans les faits « l’égale dignité des voies ».

L’effort pour amener davantage de jeunes au baccalauréat professionnel et pour maintenir la valeur de ce diplôme ne passe pas systématique par l’alignement des durées de formations.

 Les enseignements professionnels ont leurs spécificités, ils préparent prioritairement à l’exercice d’un métier, ce qui les différencie des enseignements généralistes qui préparent en premier lieu à une poursuite d’étude.

 

Les difficultés rencontrées par la voie professionnelle, et en premier lieu celles vécues par  les jeunes qui l’emprunte ne se régleront pas par une réforme de structure, par ce fameux cylindrage que l’on veut nous imposer ?

 

Les difficultés de la voie professionnelle sont réelles, profondes. Elles appellent à questionner des réalités sociales et économiques de plus ou moins grandes ampleur sur lesquelles la CGT pense qu’il est possible d’agir.

 

Par exemple sur les questions de l’orientation vers la voie professionnelle qui souffre nous dit-on d’un déficit d’attractivité :

- Il faut améliorer les dispositifs d’information et d’orientation,

- Il faut sans doute réfléchir aux aptitudes particulières nécessaires à chaque métier pour conseiller le mieux possible, mais il n’est pas incongru de questionner aussi l’image que renvoient les conditions d’exercice, souvent dégradées, de nombre de professions.

 

Les conditions de travail, les rémunérations, la reconnaissance des qualifications, sont interpellées. En toile de fond, il est évident que la qualité du travail salarié pèse sur l’attractivité des voies professionnelles.

 

Sur ces sujets je voudrais dire que l’action syndicale ne manque pas « de grains à moudre ».

 

Si les réalités du monde du travail influencent les choix, l’image que renvoie l’enseignement professionnel n’est pas sans conséquence sur l’orientation scolaire :

 «La plupart des élèves – et leurs parents - choisissent en priorité une formation générale, puis en cas d’impossibilité une formation technologique, et enfin en dernier recours une formation professionnelle ».

 

Il est assez habituel de vanter les mérites de l’enseignement professionnel et, en même temps, d’en déplorer l’image dépréciée.

 

Or s’il est vrai que la voie professionnelle développe des aptitudes permettant de « récupérer », et « redonner confiance » aux élèves qui ont perdu pieds, la reconnaissance de cette aptitude, parfois idéalisée a forgée en retour la réputation d’une filière de relégation, comme exclusivement réservée aux élèves en échec scolaire.

 

Il y a tout lieu de croire que l’institution scolaire a intégré cette conception, ce qui d’une part contribue à déprécier encore plus l’image de la voie professionnelle et d’autre part finit par entraver gravement son fonctionnement en la confrontant quotidiennement aux difficultés scolaires profondes et aggravées des élèves. La remédiation scolaire prend le pas sur l’objectif de professionnalisation des enseignements. 

 

La CGT estime que l’institution ne doit pas se résigner à cet état de fait, et qu’un véritable travail de fond doit être entrepris en amont en interrogeant les lieux et les conditions dans lesquelles s’installent gravement les déficits scolaires.

 

Si l’enseignement professionnel ne peut trouver seul, en interne, la solution aux problèmes qui le traverse, il peut bien évidement développer des stratégies d’améliorations.

 

A cet égard, nous avons regretté l’arrêt des réflexions sur le BEP et plus généralement sur le niveau V. Par exemple nous condamnons l’enterrement de la réforme du tertiaire administratif, qui représentait une rénovation audacieuse et prometteuse.

 

Aboutissement d’un travail approfondit qui s’appuyait sur des études du CEREQ en collaboration avec l’Inspection Générale, il en ressortait un dispositif offrant la possibilité de faire un bac pro en 3 ans, tout en gardant la filière en 4 ans, BEP +Bac pro

Tant sur la méthode que sur le fond cette orientation aurait pu servir de modèle à la rénovation de la voie professionnelle.

 

La CGT était prête à discuter de ces propositions avant que l’injonction d’accepter la généralisation du bac professionnel en 3 ans ne soit avancée.

 

Nous ne réfutons pas le constat qui précède les décisions ministérielles. L’érosion massive des effectifs entre le BEP et le Bac pro, est une réalité. Encore une fois, les causes profondes de cette érosion ne se régleront pas par la structure, Sauf à considérer que l’offre en bac professionnel n’est pas à la hauteur.

 

Depuis plus de 10 ans, l’accès d’une classe d’âge au baccalauréat n’a pas progressé. Présenter le BEP comme étant un obstacle à la poursuite d’étude n’est pas le bon diagnostic. Le supprimer est donc une fausse solution.

 

 

Nous pensons qu’il faut examiner d’autres paramètres comme :

- L’éloignement des lieux de formations, ce qui interpelle l’existence et la qualité des transports,

- la qualité de l’accueil des élèves internes

- le coût des frais de scolarité en lien  avec les difficultés sociales et financières des familles. Sur ce sujet, la CGT revendique une allocation d’études pour les jeunes lycéens.

- Les difficultés scolaires persistantes pour certains d’entre eux qui devraient amener au développement  de dispositifs adaptés d’aide et de soutien.

 

Après la terminale BEP environ 50 000 élèves quittent le système éducatif, sans avoir obtenu le BEP. Nous ne pensons pas que ces 50 000 élèves pourront mieux réussir et seront même concernés par les cursus bacs pro en 3 ans.

 

Le BEP disparaît bel et bien, mais par crainte de l’annoncer clairement et d’en tirer toutes les conséquences, le ministère, pour la première fois de son histoire, créé non pas un diplôme mais un ersatz de diplôme, ajoutant la confusion à la confusion.

Qu’est donc que ce nouveau BEP ? Un prétendu diplôme qui ne peut se préparer en tant que tel par la voie scolaire, un bulletin de scolarité qui sera délivré dans le cours de la préparation au baccalauréat.

 

La généralisation du bac professionnel en 3 ans, imposée dès le départ comme non négociable, ne favorisera pas, contrairement aux dires du ministre, l’accès au baccalauréat professionnel pour plus de jeunes.

 

Nous avons déjà relevé les bilans en demi-teintes et les réserves clairement exprimées de l’inspection générale après les expérimentations menées dans des conditions particulières (ex : dans la métallurgie avec des recrutements en sortie de première générale).

 

Aujourd’hui,  la généralisation s’accompagne d’orientations plus nombreuses des élèves vers les sections de CAP. Le ministère annonçait 4000 élèves de plus dans ces formations à la rentrée 2008 en soulignant que les élèves titulaires du CAP pourront rejoindre directement la première professionnelle. Ainsi, le parcours en 4 ans serait toujours possible.

 

Or nous connaissons les difficultés des élèves pour reprendre un cursus bac après un CAP.

Très peu d’entre eux y parviennent. Il y a dès lors tromperie lorsqu’on entend que la réforme permettrait un parcours cohérent du CAP au BTS ?

Sur le papier ça marche, les organigrammes décorés de flèches colorées sont infaillibles, mais la réalité est bien différente?

 

La réflexion sur la structure à supplanté pour ne pas dire ignoré la réflexion sur l’enseignement dans les classes. La mise en place simultanée des programmes de secondes et de premières dès la rentrée 2009, aberration pédagogique en est un exemple déplorable.

 

Quelle analyse par rapport au vécu des classes ? Il ne suffit pas de dire qu’il existe quelques redondances dans les programmes pour justifier la suppression d’une année sur quatre d’enseignement.

La rénovation de l’enseignement général, amorcée dans le cadre des BEP 2 ans et bacs pro 2 ans a été redimensionné en cours de route pour entrer dans la structure 3 ans.

 

Passer de 4 ans à 3 ans, avec des élèves qui, pour la grande majorité d’entre eux ont des problèmes de niveau scolaire, ne s’improvise pas.

Cela supposerait un accompagnement conséquent, non seulement pour les élèves mais aussi pour les enseignants chargés de la mise en œuvre.

 

Or le contexte général budgétaire montre une non volonté manifeste d’accompagnement de la réforme par le déblocage de moyens supplémentaires. On peut s’interroger sur la régression des crédits alloués à l’enseignement professionnel sous statut scolaire (-0,27%). 

Comme le Recteur Daniel Bloch (qui sait de quoi il parle puisqu’il est à l’origine de la création des bacs professionnels), nous pensons que fondamentalement la réforme n’est qu’un habillage pour supprimer des postes.

 

L’analyse rapide des grilles horaires, que nous avons reçue très tardivement, fait apparaître des pertes importantes dans toutes les disciplines.

Ex : autour de 35% dans les disciplines professionnelles 25% en français et en maths, 50% en arts appliqués, plus de 40% en EPS.

 

- Des plages très étendues d’horaire à la disposition des établissements

- Des consignes floues sur les seuils de dédoublement.

- L’absence pour l’instant de répartition hebdomadaire.

- Une plus grande autonomie des établissements sans moyens supplémentaires (pour la concertation par exemple).

 

Ces dispositions laissent augurer une dégradation importante des conditions d’enseignement et donc de réussite des jeunes.

 

Outre le fait que les objectifs de formation seront plus difficiles à atteindre, le développement du CCF, dans les mauvaises conditions qui prévalent aujourd’hui, risque de dévaluer les diplômes. C’est le cas pour le BEP, qui devient un diplôme intermédiaire, comme pour les bacs professionnels.

 

Nous condamnons cette tendance à vouloir étendre la pratique du CCF sans prendre en compte les difficultés rencontrées dans les établissements.

Comment pratiquer une pédagogie individualisée nécessité par le CCF avec des effectifs de 30 élèves en enseignement général par exemple ?

 

Nous constatons un certain nombre de dysfonctionnements qui ont fini par installer des situations préjudiciables à la qualité du service public.

 

Nous partageons l’avis de nombre d’enseignant, de parents et d’élèves qui pensent que l’utilisation excessive du CCF pourrait servir à redresser artificiellement les taux de réussite aux examens.

Ce n’est pas d’une valorisation artificielle dont on besoin les jeunes.

 

Nous formulons les mêmes réserves à propos de l’épreuve de contrôle proposé. Elle semble être là pour rattraper les dégâts et pour permettre l’affichage de résultats plus satisfaisants

 

Une épreuve de rattrapage pourrait être une bonne chose à condition d’être conçue à l’identique des épreuves de rattrapage des autres bacs. On ne voit pas pourquoi les élèves de l’enseignement professionnel devraient se présenter à des examens bradés.

 

La diminution drastique du temps de formation, s’accompagne de méthodes d’évaluation et de certification qui n’offre aucune garantie d’équité et d’efficacité. Elle  risque de conduire à terme à une dépréciation du diplôme et à une plus faible reconnaissance des qualifications dans les grilles de classifications des conventions collectives.

 

Pour conclure

La méthode utilisée par Monsieur Darcos, imposant l’issue de la réforme en enjoignant les interlocuteurs sociaux de discuter les modalités est inacceptable.

Les institutions régionales qui ont des compétences partagées sur la carte des formations ont été mises à l’écart de la concertation

 

 Le conseil supérieur de l’éducation a été boycotté 2 fois, les avis sur les textes proposés sont le plus souvent négatifs.

Le dernier avatar concerne les grilles horaires.10 organisation qui siègent au CSE ont demandé le report de leur examen. Pour le moins sur une question comme celle là une concertation large est incontournable.

 

L’organisation de ce CIC avec cet ordre du jour aussi chargé et la communication tardive des documents en est une illustration supplémentaire.

 

La réforme de l’enseignement professionnel est conduite tout aussi brutalement.

La concertation n’est pourtant pas une petite formalité, elle permet que s’installe le temps de la réflexion, où les experts et tous les acteurs concernés peuvent faire valoir la complexité de la réalité et  poser les conditions d’une véritable réforme de progrès.

Résultat : jamais sans doute on a vu une réforme d’une telle ampleur conduite dans une telle confusion, et proposer tant de fausses apparences.

 

Qu’on en juge : un faux BEP, un faux diplôme de niveau V, un baccalauréat dégradé et, pour finir, la vraie réalité apparaîtra en bout de course : la réduction des horaires et la suppression des postes.

Par ferc cgt 66 - Publié dans : Actualité Nationale
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