Un anti IVG à la tête d'un Hopital Public

Publié le par ferc cgt 66

Un anti-IVG à la tête d’un HP – Libération – Eric Favereau

«Un fou de Dieu» en charge d’un important hôpital psychiatrique public, à Reims ? La ministre de la Santé, Roselyne Bachelot vient de nommer Xavier Dousseau, directeur de l’Établissement public de santé mentale de la Marne (EPSMM). Cette nomination, effective le 1er janvier, aurait pu passer inaperçue, mais voilà, tout le milieu de la psychiatrie locale est monté au créneau pour dénoncer cette «nomination ahurissante». «Comment faire confiance et travailler avec un directeur qui s’est attaché aux blocs opératoires de son propre hôpital pour empêcher des IVG ?» s’interroge ainsi un psychiatre, chef de service à Reims. De fait, ce nouveau directeur, Xavier Dousseau, n’est pas un personnage tout à fait banal. En octobre 1995, alors directeur adjoint de l’hôpital de Valenciennes, il avait pris la tête d’un commando anti-avortement, s’était enchaîné à une table d’opération dans la salle d’intervention du centre d’IVG de son propre établissement, et cela avec dix autres personnes menottées les uns aux autres. Il avait fallu faire appel aux pompiers et aux policiers pour les déloger. Xavier Dousseau avait été immédiatement suspendu de ses fonctions et poursuivi en justice.

Pour expliquer son geste, il n’avait pas vraiment eu d’états d’âme. «Je n’en pouvais plus de ma

complicité passive. Je réclame, pour les personnels hospitaliers, le même droit à l’objection de

conscience que pour les médecins», disait-il, alors. L’homme, en tout cas, est fidèle. Ce combat, il le mène depuis des années. Membre de la communauté chrétienne Pain de vie, il militait aussi dans le groupe Mère de miséricorde, association d’aide aux mères en difficulté.

Lors de son procès, la justice s’est montrée peu sensible à son argumentaire. Le tribunal

correctionnel de Valenciennes l’a condamné à 18 mois de prison, dont 9 avec sursis et 3 000

d’amende. Quatre autres prévenus ont aussi été condamnés à de la prison ferme. En appel, la

sanction a été ramenée à 18 mois avec sursis pour Xavier Dousseau, «reconnu coupable d’entrave au fonctionnement d’un service assurant des interruptions volontaires de grossesse», un délit créé par une loi de 1993. Outre la sanction pénale, Xavier Dousseau a été suspendu de ses fonctions de directeur pendant deux ans.

Parti en mission en Afrique, il a peu après repris du service, dirigeant une maison de retraite, avant d’être nommé directeur adjoint de l’hôpital psychiatrique de Saint-Dizier (Haute-Marne). Selon la presse départementale, il a changé. Et lors de sa dernière affectation, il était apprécié. «Nous n’avons vraiment rien à lui reprocher», a indiqué une déléguée CFDT.

Serait-ce alors illégitime de s’interroger sur la pertinence de cette nouvelle nomination ? «La

question se pose. Dans un hôpital psychiatrique, la tolérance vis-à-vis de l’autre est essentielle.

Nous sommes catastrophés par ce choix», conclut ce chef de service rémois.

Publié dans Droits des Femmes

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