Source : livre blanc du FLE
On ne peut pas parler aujourd’hui de FLE en France sans prendre en compte la dimension privée de son enseignement. Le secteur privé assure actuellement 80% des formations. S’il existe de mauvaises pratiques (et il n’y a pas non plus dans ce domaine de distinction entre public et privé !...), il y a cependant des centres de qualité, dirigés par de vrais professionnels qui connaissent bien leur terrain d’intervention, mais qui sont mal reconnus et jamais sollicités pour partager leur expérience, dans la formation en masters de FLE, par exemple.
Les centres à but lucratif
Appliquée à l’enseignement du FLE, la distinction classique entre secteur public des universités et secteur privé « marchand » n’a pas de sens. Les centres universitaires comme les centres privés ont des obligations de rendement dans la mesure où leur fonctionnement (secrétariats, équipements, etc.) se fait sur fonds propres. Les deux types d’établissement accueillent les mêmes publics d’étudiants étrangers qui paient cher leur scolarité, et parfois même plus dans le public que dans le privé. Les centres dits « publics » fonctionnent comme des structures privées et intègrent les mêmes pratiques commerciales, alors que les centres dits « privés » assurent de leur côté des missions de service public, parfois subventionnées par les collectivités locales.
Les contraintes qui pèsent sur les centres sont les mêmes : ils doivent faire face à des périodes de forte activité comme à des baisses parfois brutales et imprévisibles des inscriptions. Leurs effectifs d’étudiants sont en effet tributaires de la situation géopolitique, économique ou sanitaire mondiale. Les centres sont de la même façon dépendants de la politique de la France en matière d’immigration, d’accueil des publics étrangers et de délivrance des visas. La convergence des positions des deux secteurs sur la question des CEF en est aujourd’hui l’illustration.
Les enseignants des centres publics et des centres privés exercent le même métier, et il n’est pas rare qu’ils soient les mêmes ! Pour les raisons évoquées plus haut, les possibilités de créer des emplois permanents dans le public comme dans le privé sont restreintes. La même précarité règne dans les deux secteurs, si bien que les enseignants sont obligés de naviguer entre différentes structures pour avoir une charge de travail suffisante.
Envisager la réalité de l’enseignement du FLE en France, c’est tenir compte des parcours atypiques des enseignants et leur permettre de continuer à exercer leur activité à la fois dans le public et dans le privé, en aménageant des passerelles entre les deux secteurs.
Une diversité de conventions collectives régit l’emploi des salariés des centres concernés.
La convention la plus répandue dans les centres privés est celle des organismes de formation (n° 3249). Elle prévoit, outre le recours aux CDI, l’embauche des enseignants sous CDD dit « d’usage », c’est-à-dire renouvelés sans limite ni délai de carence. Ce contrat permet ainsi de répondre à « un surcroît temporaire d’activité ». Par contre l’embauche sous CDII (contrat à durée indéterminée intermittent), tout en permettant à certains d’avoir un statut de CDI et un employeur principal, ne garantit aux enseignants qu’un nombre minimal d’heures sur l’année et les prive des droits inhérents à la précarité de leur statut, notamment le droit à l’assurance chômage pendant les périodes non travaillées. Cette convention collective donne lieu à des abus. Elle doit donc être renégociée afin d’intégrer les spécificités de l’enseignement du FLE et en particulier la nature intermittente de l’activité, tout en assurant des statuts et des revenus décents aux enseignants.
Il faut pouvoir évaluer les centres d’enseignement. Même si la majorité des centres privés s’oppose aujourd’hui à la labellisation ministérielle pour défaut de transparence et de concertation de la part des ministères et du CIEP. Ils doivent cependant s’engager dans une démarche de qualité exigeante quant au respect de l’accueil et du suivi du public,quant au respect de la législation sociale et du code du travail et de pratiques commerciales loyales.
En contrepartie, les centres privés attendent plus de transparence dans la politique d’accueil des étrangers en France ainsi qu’une plus grande implication et un soutien des collectivités locales concernées par la présence d’étudiants étrangers dans leurs villes et leurs 21 Régions. Certains centres ont vu leur activité se restreindre et ont dû procéder à des licenciements, d’autres survivent difficilement.
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